Interview - Confession de Didjaman
- Bonjour Didjaman
- Salut !
- Depuis combien d’années t’es venu cette passion du didgeridoo ?
- Presque 10 ans maintenant.
- Comment cela est-il arrivé ?
- En fait j’en ai eu marre de Panam (Paris) et l’état d’esprit en général
dans notre pays…donc j’ai pris mes valises et je suis parti avec l’intention
de ne jamais revenir.
- Le départ n’a pas été trop dur ?
- C’est l’arrivé en Australie qui n’a pas été évidente car je parlais
très peu l’anglais ! En fait c’est le surf et ses légendes, ses endroits
mythiques qui m’ont fait partir là-bas. Il a fallu affronter l’obstacle
de la langue.
- Comment s’est passé la rencontre avec le didgeridoo ?
- Le premier jour en Australie, à Darwin (Nord-Central), j’étais dans
un backpackers (auberge) et j’ai entendu cette vibration, j’ai demandé
à une femme ce que c’était ? Elle m’a répondu et m’a indiqué une boutique
où je pouvais en acheter un…
- Tu es allé directement en acheter un ?
- En fait je ne savais pas car je ne connaissais pas l’instrument, ni
ce qu’était des aborigènes d’ailleurs !! L’inculte quoi !! (rire). Mais
le son que j’avais entendu m’avait déjà traversé le corps !
- Tu es donc arrivé dans cette boutique…
- La boutique était tenu par des aborigènes…en entrant j’ai vu un aborigène
qui faisait une démo devant une personne et j’ai été subjugué par le
son ! Cette personne est partie me laissant libre cours avec le vendeur
aborigène, un homme très calme et très gentil. Il m’a expliqué comment
s’appelait l’instrument, à quelles occasions les aborigènes en jouaient
(rituels etc.), depuis combien de temps etc. Je me rappelle qu’il avait
insisté sur le fait que c’était un instrument noble et très respecté
du peuple aborigène, et ça ce n’est pas passer dans l’oreille d’un sourd
!!
- Tu as essayé d’en jouer tout de suite ?
- Le vendeur m’a fait essayer effectivement. J’ai sorti une vibration
toute pourrie mais qui m’a littéralement transcendé!! C’était comme
si toutes les cellules de mon corps s’étaient identifiées au son, comme
un enfant qui retrouvent ses parents après une longue séparation, un
retour à la vie, quoi!!
- Donc ?
- Donc je suis reparti avec le didge dans les mains et content de mon
achat ! J’ai su que le didgeridoo aurait une influence énorme dans ma
vie !! Mais je ne savais pas comment ni quand…d’ailleurs je n’étais
pas pressé.
- Tes premiers pas dans le didge et le jeu ?
- Alors là ?! Je suis vraiment l’exemple à ne pas suivre car j’ai voulu
approcher les aborigènes tout de suite en posant des questions du genre
« comment tu fais ça et ça ? », et là je me suis retrouvé face à des
situations bizarres.
- Tu as un exemple précis ?
- T’en veux un…absolument ?
- Oui je veux bien.
- Ok, c’était à Alice Spring au centre. J’avais mon didge avec moi et
je vois un groupe aborigène qui était assis sur la pelouse. Je me pointe
comme une fleur et je leur demande comment ça va, s’ils jouent du didge
et s’ils peuvent m’indiquer des endroits où je pourrais rencontrer des
joueurs aborigènes etc.
- Alors ?
- Ben alors, ils se sont regardés entre eux puis m’ont regardé sans
me dire un mot et comme ça pendant au moins 1 à 2 minutes je n’sais
plus !! Et je peux te dire que dans des moments comme celui-là, on se
s’en seul…très seul !! C’est ce que j’appelle un grand moment de solitude
!! (éclat de rire)
J’ai donc compris que j’avais fait une bourde, une erreur quoi !
- Tu m’as dis qu’après cette expérience ta vision des choses avait
changé, dans quel sens ?
- Eh bien si tu veux, j’ai commencé à observer les aborigènes et à me
demander qui ils étaient, quels étaient leur rapport avec la société,
et puis plus tard leur réel rapport avec l’instrument. Et c’est à ce
moment précis que j’ai eu envie d’aller au fond des choses et c’est
là que l’aventure a commencé pour moi !(à suivre...)
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Didjaman : La passion aborigène
La magie du Didgeridoo
"FEELING MUSIQUE : Dis-nous Didjaman, comment ton aventure
du Didgeridoo a commencé ?
DIDJAMAN : C'est à un ras-le-bol de la vie citadine que
je dois mon premier voyage en Australie. La carte de cet immense pays
m'attirait depuis l'école primaire, c'était un vrai rêve
d'enfance. Certains ont un idéal américain ou interplanétaire,
le mien était australien et l'occasion était trop belle
de me trouver une excuse pour vivre l'aventure. J'ai tout plaqué
et suis parti pour voir
Comment s'est passé le retour au pays ?
Je suis rentré au bout de 6 mois et il n'était pas question
de ne pas tirer parti de mes découvertes. J'ai eu envie de rencontrer
ceux qui commençaient à pratiquer le Didge à Paris
et dans bien des cas, j'ai eu la déception de me trouver face
à des gens qui étaient loin de l'esprit de l'instrument
que, sur le continent lointain, on vénère et on respecte.
On dit que le plus beau rêve, c'est celui que l'on réalise
C'était vrai ?
Dans mon cas, oui. Et il se poursuit aujourd'hui. Dès mon arrivée,
j'ai été saisi par les couleurs, l'immensité des
paysages, les routes d'une droiture infinie et, dans tous les lieux
de vie, cette musique toujours présente et surtout, cette basse
continue au rythme envoûtant. Et lorsque dans une boutique indigène,
un aborigène m'offrit la première initiation au ""Didg"",
je compris que cet objet allait prendre une place très importante
dans ma vie.
Je me suis mis assez rapidement à la respiration circulaire,
mais le plus étonnant était cette sensation extraordinaire
de sentir toutes les cellules de mon corps entrer en vibration. Indéfinissable
impression de bien-être, lorsque le rythme se mêle à
la note sans fin, modulant des multitudes d'harmoniques extraordinaires.
J'étais prêt à vivre une véritable initiation
et les journées entières que je passais à souffler
le tube sacré ne se comptaient plus.
Cette déférence est nécessaire à la pratique
du Didgeridoo ?
Pour ma part, je me suis engagé à utiliser le Didgeridoo
avec la déférence et le respect qu'il mérite. Je
n'ai jamais eu l'impression d'en avoir atteint les limites. Chaque jour
de pratique m'apporte une part nouvelle de connaissance.
Un second voyage initiatique ?
Pas seulement. J'avais prévu aussi de ""couper des
bois"" moi-même. Les eucalyptus qui sonnent vraiment
ne sont pas facilement disponibles. Les aborigènes ou les Australiens
du terroir ont pris l'habitude de se garder les ""meilleurs
morceaux"". Il faut souvent aller bien loin sur des pistes
que seuls les 4x4 peuvent emprunter pour trouver les bons endroits.
J'avais décidé, pour m'imprégner vraiment de l'esprit
du Didg, d'aller jusqu'aux origines, de vivre la façon ancestrale
de récolter et de pratiquer l'instrument. Je n'ai donc fait aucune
concession. J'ai rencontré pendant ce deuxième voyage
les grands joueurs australiens, aborigènes et ""blancs"".
De retour de mon second voyage, je sentais que la philosophie de l'instrument
pouvait être une manière de communier avec les éléments
et la nature. La pratique du didgeridoo permet, à un certain
niveau de pratique, d'accéder à ce degré de félicité
que peuvent atteindre sans doute les yogis.
On dit que tes Didges possèdent des qualités étonnantes
!
J'ai affiné ma technique mois après mois et les eucalyptus
m'ont livré certains de leurs secrets acoustiques. Je crois bien
""sentir"" la matière. Je souffle les bois
et l'énergie que je donne dans certaines pièces me revient
enrichie quand je les travaille de la bonne manière. Je recherche
cette réponse sur chacun de mes didgeridoos et mon travail n'est
vraiment achevé que lorsque j'ai trouvé cette réponse
d'énergie.
Un CD est enregistré. Il est mêlé d'exotisme et
de rythmes très actuels
J'ai voulu prouver que le didgeridoo n'est pas figé à
la préhistoire. De plus en plus de musiciens l'utilisent dans
des rythmes et des styles d'aujourd'hui. On découvrira certainement
encore quantités de manières d'exploiter ses richesses
harmoniques dans le futur et quand on se sera accoutumé à
ses multiples accents, il sera incontournable. C'est une basse continue
dans toute sa splendeur et la musique contemporaine ne saurait se passer
de cela. Mon CD est enregistré mais ne devrait être disponible
qu'à la rentrée prochaine et s'appellera ""Didjaman"",
comme moi.
Ces quelques mois passés en Australie avaient permis une totale
initiation ?
Non. Après avoir rencontré ceux qui pratiquaient le Didgeridoo
en Europe et m'être imprégné de ses différentes
utilisations, j'ai pensé qu'il était possible d'aller
plus loin. Ce que je ressentais à certains moments extrêmes,
lorsque la cohésion devenait totale entre mon souffle, les harmoniques,
le rythme, ressemblait à une sorte d'extase. Je précise
que jamais je n'ai eu recours à quelconque artifice pour arriver
à cet état. La concentration aboutissant en finalité
à une certaine forme d'inconscient procure un bien être
indéfinissable, et en tout cas très agréable. Mais
cette situation arrive rarement. Je me suis dit que je devais retourner
aux sources pour réussir à aller plus loin dans la connaissance.
Beaucoup de bois a été rapporté de ce voyage.
Dans quel but ?
J'ai eu envie de partager cette connaissance. Mais d'abord, il me fallait
travailler ces branches d'eucalyptus. Je pense avoir découvert
certains secrets que les grands utilisateurs se gardent pour eux mêmes.
Tu formes aussi certains élèves ?
Depuis quelques années, certains de ceux qui ont découvert
mes Didgeridoos ou qui m'entendaient jouer ont voulu travailler avec
moi. Je leur apprends la technique de base, la respiration circulaire,
cette vague qui permet d'entrer en communion avec le Didg. Mais je les
invite à faire la partie la plus importante eux mêmes.
C'est la personnalité du joueur qui doit finir par s'extérioriser.
Je donne le départ, l'élève trouvera l'issue tout
seul. C'est important que cela se passe ainsi. J'ai eu le privilège
de rencontrer et d'initier au Didgeridoo de très grands musiciens
du monde classique ou du jazz. Certains d'entre eux ont besoin de l'utiliser
dans certains spectacles (Tony Tuba), d'autres ont la certitude que
sa pratique peut améliorer la maîtrise de leur instrument.
D'autres projets ?
Un nouveau voyage en Australie pour le Laura Festival qui se déroulera
du 12 au 25 juin 1999. Les tribus aborigènes s'y rejoignent et
c'est un saut de plus de 20 000 ans que je vais faire, accompagné
cette fois par certains de mes élèves.
Cette plongée est vraiment nécessaire ?
Pour celui qui veut aller au bout de la connaissance, elle est vraiment
nécessaire. On peut s'amuser, se détendre et même
pratiquer le Didge à un assez bon niveau sans faire ce long voyage
mais j'ai une assez piètre opinion de ceux qui l'enseignent sans
connaître l'Australie ! Dans ce domaine comme dans d'autres, les
charlatans existent. La manière de les reconnaître facilement
est leur manque évident d'humilité face à la technique
instrumentale. Ils savent tout et n'ont plus rien à apprendre
!
Ce nouveau voyage me permettra de préparer une émission
sur le Didgeridoo pour la télévision. En finalité,
je rapporterai aussi du bois car la demande est de plus en plus importante.
A la rentrée, j'aimerais pouvoir expliquer le Didgeridoo dans
les conservatoires. Ce premier instrument à vent de l'histoire
doit être connu des élèves. Une rencontre avec les
musiciens professionnels est prévue le 23 octobre 1999 chez Feeling
Musique à Paris. C'est la seconde fois que Feeling me propose
une telle rencontre et j'ai le plaisir de voir exposés dans cette
espace certains de mes plus beaux Didgeridoos.
Merci pour toutes ces révélations Didjaman et bon voyage
!
Interview réalisé par Jean-Claude Decalonne